Mardi 8 juillet 2008
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11:00
Un loup en habit de mouton.
Un peu de matière à réflexion pour ceux qui croient encore que laïcité est synonyme de neutralité :
- Ne croire en rien est aussi une croyance [Catacombes]
- Écoles laïques, écoles neutres : légende urbaine ? [Samizdat]
- Le cours d'Éthique et culture religieuse : est-ce neutre ? [Samizdat]
Je cite ici bas ce texte contre l'élimination des écoles
franco-protestantes trouvé sur le site de la Coalition Valeurs Éducation.
Lorsque le Rapport
Proulx recommande le développement d'un « enseignement culturel des religions obligatoire pour tous » cela semble un compromis raisonnable. Les
franco-protestants n'ont plus aucune raison de protester, puisque leurs « droits » sont respectés ! Mais qu'en est-il au juste ? Éliminer toute
mention de la religion serait trop brutal, trop maladroit. Les gens comprendraient... il suffit alors leur offrir un petit cours bidon et on s'arrange pour qu'il soit déjà très marginalisé
dans le temps disponible à l'horaire par rapport au reste du curriculum et le tour est joué. On ne le dira à personne, mais ce cours est aussi très marginalisé sur le plan du contenu, car
rien ne semble empêcher l'engagement d'un professeur pour enseigner un cours de religion dont le contenu (catholique ou protestant) n'aurait aucun rapport avec les convictions personnelles de
l'enseignant. Gaspillage de temps et d'argent pour tous les individus impliqués dans un tel processus (étudiants d'abord, mais parents et professeurs aussi). Seul, peut être, le gouvernement y
trouve son compte... son contenu idéologie est passé et c'est sans doute tout ce
qui compte depuis le début.
[...]
Il va de soi que les écoles sont intimement liées à ce processus de constitution de l'identité personnelle, sur des questions d'attitudes sexuelles, identités sexuelles, des relations
interpersonnelles, attitudes vis-à-vis les groupes ethniques ou raciaux, etc. Il est assez évident que les questions que soulèvent ce processus sont inévitablement idéologiques ou religieuses. Le sociologue américain Jerry Bergman remarqua en 1979 sur la position des organismes qui défendent les écoles
laïques comporte ce que les érudits post-modernes appellent un « méta-discours » vis-à-vis les religions traditionnelles et la vision du monde judéo-chrétienne en particulier :
The fact is, it is impossible not to teach about religion in the schools. Even by scrupulously avoiding all references to religion, religious beliefs, and
religious events, one is teaching something very definite about religion, i.e., it is not important, it has had a negligible influence on society both historically and currently, and that to
some degree it is not necessary. If students spend 12 years learning history, science, sociology, psychology, and geography and rarely encounter religious beliefs, happenings, events, and
ideas, they will probably develop very definite conclusions — essentially that religion is not important.
La neutralité religieuse des écoles n'est donc qu'un leurre. Dans la théorie de la communication, élaborée par
l'ingénieur Claude Shannon après la deuxième guerre mondiale, on considère que dans un système de communication, lorsque la seule réponse à une question est un silence, cela doit être considéré
comme tout aussi significatif qu'un oui ou un non explicite.
Le Rapport Proulx mentionne le processus de sécularisation qui a frappé l'Occident et le Québec en particulier depuis les années 60, mais il donne la
version officielle qui néglige de souligner le caractère idéologique de ce processus. Thomas Luckmann souligna en 1970 que ce processus n'est pas neutre :
What are usually taken as symptoms of the decline of traditional Christianity may be symptoms of a more revolutionary change : the replacement of the
institutional specialization of religion by a new social form of religion. Secularization in its early phases was not a process in which traditional sacred values simply faded away. It was a
process in which autonomous institutional ideologies replaced, within their own domain, an overarching and transcendent universe of norms.
Le processus de la sécularisation en Occident, et au Québec en particulier, ne consiste donc pas simplement dans une diminution de l'influence des religions
judéo-chrétiennes traditionnelles institutionnalisées face aux « progrès de la science » comme on l'entend généralement, mais coïncide avec
l'expansion d'autres institutions, chacune produisant et transmettant un « système de sens ultime » et des valeurs entrant en compétition avec les anciens systèmes de croyances des religions
traditionnelles. Règle générale, ces idéologies sont matérialistes (c'est-à-dire qui rejettent la pertinence du concept de divinité).
L'ensemble de ces nouvelles institutions constitue une sorte de communion invisible qui propage une religion invisible. Quelle est cette nouvelle idéologie religieuse ? Quelles sont ses
dogmes ?
Puisque cette religion est invisible, elle n'a pas de nom. Pour les besoins de la cause ici, on pourrait l'appeler la religion « politiquement correct » (ou religion pc). Cette religion est
d'abord caractérisée par le rejet des grandes religions monothéistes (lorsqu'elles affirment représenter la Vérité), soit le christianisme, le judaïsme et l'islam. D'autre part, dans la religion
pc, il y a une vieille garde matérialiste (qui a régné presque sans opposition pendant la majorité du 20e siècle) et une nouvelle garde montante qui prend une position plus « ouverte » à la
religion de manière générale. La position matérialiste de la vieille garde considère que ce qui dépasse le monde observable n'a pas de signification. Elle est fortement identifiée à la Science
comme discours porteur de Vérité. C'est ce qu'on appelle le scientisme. Touchant le rôle idéologique du scientisme, Lévy-Leblond et Jaubert
remarquèrent en 1975 :
Les gens en général, bien qu'on leur enseigne certains des plus grossiers et des plus anciens résultats de la science, ont toujours eu peu ou pas de compréhension
de ce qu'est réellement la science en tant que méthode. Cette ignorance a été perpétuée par tout l'enseignement primaire, secondaire, et même par l'importante partie de l'enseignement
universitaire qui ne constitue pas une préparation à la recherche : la science y est enseignée dogmatiquement, comme une vérité révélée. Aussi, le
pouvoir du mot « science » sur l'esprit du grand public est-il d'essence quasi mystique et certainement irrationnelle. La science est, pour le grand public et même pour beaucoup de
scientifiques, comme une magie noire, et son autorité est à la fois indiscutable et incompréhensible. Ceci rend compte de certaines des caractéristiques du scientisme comme
religion.
La nouvelle garde pc qui a été mentionné ci-dessus rejette ce dogme que Science = Vérité. Cette nouvelle garde considère que la science est un discours parmi tant
d'autres et ouvre la porte à un syncrétisme tous azimuts, où toutes les religions de l'orient, l'horoscope, les cristaux du Nouvel Âge, le néo-paganisme européen (druides et sorcières) et le
chamanisme amérindien peuvent trouver leur place. Rien n'est exclu, sauf les grandes religions monothéistes et le concept d'une Vérité absolue. Ça, la religion pc (nouvelle et vieille gardes
confondues), si « tolérante », ne peut pas le tolérer...
Dans le contexte des guerres d'idées sur la place publique, le fait de promouvoir une religion invisible garde un avantage notable. Lors d'une intervention, les
disciples de la religion invisible ne ressentent jamais le besoin d'identifier leur motivations idéologiques. Le chrétien, par contre, est immédiatement
repéré et ses motivations exposés afin que tous puissent les examiner et critiquer.
La manière dont est enseignée l'histoire générale dans nos écoles laïques suffit pour démonter l'idée voulant que la laïcité d'État soit la seule manière
pour un gouvernement de « traiter équitablement toutes les croyances ». Si nos écoles étaient vraiment « laïques » (c'est-à-dire « NEUTRES », selon la définition habituellement donnée par
les publicitateurs de la laïcité), on enseignerait la création aussi bien que l'évolution (rappelons qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur cette question et qu'il y en a jamais eu). Le problème, c'est que présentement, au lieu
d'enseigner les deux modèles aux élèves d'une manière objective, ont enseigne UNIQUEMENT l'évolution (et on en profite pour délégitimiser la création à souhait), au
grand plaisir des athées & agnostiques mais au désaventage des catholiques & protestants. Nos écoles laïques devraint donc être appelées par ce qu'elles sont vraiment :
des écoles humanistes séculières (terme plus exact que « religion pc »).
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